Aujourd’hui on célèbre en quelque sorte l’anniversaire d’un mandat de deux ans pour Sarkozy et c’est l’occasion d’un bilan dont la presse va se faire massivement l’écho. Si je pouvais m’exprimer sur le sujet ce serait pour dire ceci.
Pour me situer : Je suis entrepreneur et je suis donc très attentif aux dispositions que le gouvernement peut prendre en faveur des entreprises, mais comme je ne suis à la tête que d’une TPE de 12 personnes, et que je viens d’un milieu modeste, je ne suis pas déconnecté de la réalité populaire et des souffrances des salariés et des ouvriers. En somme, j’ai la tête à droite le cœur à gauche.
Sarkozy incarne des valeurs telles que le courage et le pragmatisme, mais il est victime de la structure même de l’exécutif dans la 5ème République qui concentre trop de pression et trop de pouvoirs sur un seul homme. Son bilan a ceci d’original au bout de deux ans que, tout en révélant des failles dans son action, il révèle un malaise constitutionnel : l’un et l’autre ne peuvent être séparés, et le commun des mortels est désormais capable de nourrir une réflexion et un avis sur ce sujet.
La forme, c’est le fond qui remonte à la surface disait Victor Hugo : on a un véritable problème de forme avec notre Président, stigmatisé par ce qu’on a appelé le président « bling-bling ». Or cette mise en forme, pardonnable au début, devient source elle aussi de malaise. Certaines postures sont indécentes. C’est de la communication ratée. La réussite décomplexée est devenue réussite un peu indécente. Ce que la surface trahit donc, c’est une certaine forme d’arrogance qui ne fait que nourrir que le discours de la gauche.
Paradoxalement, ce bilan doit aussi être celui d’une gauche incapable d’élever le débat : elle a non seulement échoué à proposer une alternative crédible mais s’enlise dans des débats de personnes qui ne font qu’accroître le malaise ambiant. Parce que dans notre République, c’est l’équilibre qui impulse les propositions, c’est le débat qui grandit chaque camp sous le feu des projecteurs, c’est l’émulation autour d’un vrai débat qui crée du contenu.
Le bilan de Sarkozy est à l’image d’un déclin intellectuel et spirituel : osons le mot, d’un climat de décadence, de perte de confiance aggravé par le lot des révélations accablantes qu’apporte la crise. L’indigence du débat politique, autrefois animé de plus de foi et de plus considérations philosophiques de longue portée, a pour conséquence immédiate son caractère prosaïque : centré sur les personnes (« peopolisées »), centré sur des arguments délétères (le tout sécuritaire à droite, la bonne conscience à gauche mais pas de vraie solution). Contrairement à ce qu’on peut parfois penser, pour moi la relation de cause à effet va dans ce sens-là et non dans l’autre.
En résumé je critique la notion même de « bilan » centré sur un homme, trait symptomatique de notre structure mentale et républicaine actuelle, alors qu’à travers les dérapages et les errements de cet homme et de sa garde rapprochée c’est d’un point de vue structurel que le problème se révèle profond, et c’est là qu’il faut éviter de faire une grave erreur : trouver un bouc émissaire. Nous sommes dans le mode politique et l’époque de l’homme providentiel, c’est ainsi que les partisans les plus tenaces du Président continuent de l’envisager, avec un fanatisme sous-jacent tout aussi aveugle que celui qui porte Obama – car sur l’approche c’est bel et bien comparable : nous n’avons jamais été aussi loin depuis De Gaulle dans l’incarnation et la concentration du pouvoir et de tant de symbole dans un seul homme.
C’est cela qui est dangereux et ce serait ma grille de lecture pour aborder tout autre point de détail de son bilan au terme de ces deux ans.












