Crise de la presse : de la vanité du débat victimaire aux subsides scandaleuses

Après avoir déjà eu le petit plaisir tout coquet de participer à l’émission "partageons nos idées" sur le thème de l’emploi qui m’est cher, je me suis amusé à pousser mon petit coup de gueule (pas bien méchant) dans l’émission de Marshall et Truchot sur le thème cette fois des 600 millions que Sarkozy débloque pour aider la presse écrite en crise.

   

Voici d’ailleurs la vidéo :

(j’en ai profité au passage pour tester pour la première fois l’interface upgradée de YouTube depuis qu’elle a évolué : je suis toujours aussi déçu par la limitation à des fichiers de 10 minutes max – qui me semble une règle très mal pensée)

  

  

Juste pour parler vite fait de ce concept d’émission interactive : j’adore.

Pas parce que j’y ai participé !

Mais parce que cette façon de faire nous fera sourire dans quelques années quand elle nous évoquera ce qu’était la préhistoire  de la télévision interactive !

 

Ce concept tâtonne encore, mais il préfigure la télévision de demain, qui sera encore plus ciblée, plus immersive pour l’audience qui pourra être interpelée, de façon simplement récréative ou ludique, ou pourquoi pas, de façon plus sérieuse pour aller jusqu’au bout d’un débat démocratique total.

 

A combiner, d’ailleurs, avec l’excellent format officiellement inauguré auprès du grand public grâce à CNN et sa retransmission de l’investiture d’Obama la semaine dernière : un live feed vidéo combiné avec le feed Facebook des commentaires associés. Ouriel en parle très bien d’ailleurs.

 

C’est en tout cas très précisément ce type de concept que je compte développer grâce à notre studio Webcastory dans les très prochaines semaines, combinant Facebook Connect et les débats mixant à leur tour des invités plateaux avec des invités virtuels via webcam.

 

 
Question :

  

 devrions-nous organiser un plateau chez TechTocTv sur le thème de la Presse confrontée à l’évolution de son modèle vers le Digital ?

(si j’ai un OUI bien justifié, je fonce !!) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

Un bon exemple d’évolution intelligente pour les titres de presse :

Le quotidien néerlandais NRC Handelsblad publie dorénavant une édition e-paper sur le reader Iliad d’Irex Technologies.

 

e-paper

 

 

 

 

  

 

 

Bon alors : qu’est-ce qui me met sincèrement hors de moi dans cette réforme ?
 
1) l’évidente collusion avec la presse : on les ménage tout autant pour éviter une grève que pour continuer d’obtenir les faveurs ou du moins la gratitude des rédactions ;
 
2) Une très mauvaise partie d’échec : pour un joueur d’échec, l’espace de jeu est limité, et les ressources aussi. Désolé pour l’allégorie rudimentaire, mais c’est valable pour un gouvernement, surtout en temps de crise aussi grave. L’allocation d’une telle ressource (600 millions d’euros) à un secteur condamné (du moins s’il ne procède pas à son autocritique très rapidement), me semble une pure et simple insulte au bon sens ;
 
3) Résultante du point 2) : Il y a tant d’initiatives à soutenir dans le domaine de la création éditoriale innovante ! Et pas forcément au détriment de ces titres de presse, bon sang : avec leur implication ! Quand j’étais en formation à la Fémis pour la Masterclass de producteur, les subtilités du financement nous ont été exposées, et surtout ce qu’elles ont de pernicieux : par exemple les majors US qui créent des filiales en France pour obtenir des aides (n’oublions pas que le CNC c’est nos impôts !) qui devraient être ciblées pour des productions 100% françaises (je caricature pour aller plus vite je l’avoue). Eh bien il y aurait matière à instaurer un fonds pour soutenir la création de Web-TV car ENFIN, voilà l’avenir ! Et je ne suis pas égocentré en disant cela : regardez la réussite du concept BFM – la Tribune : voilà une gestion de projet efficace qui préfigure une évolution du business model vers d’excellents débouchés !
 
4) Aucune garantie exigée auprès des récipiendaires d’investir cet argent dans les "bonnes" innovations : si par exemple OuestFrance avait pour obligation d’investir une aide de l’Etat dans ses actions web (je choisis ce titre pour son dynamisme sur le web) ce ne serait que les aider à gagner du temps en amplifiant leurs efforts déjà exemplaires en la matière ! Et je ne parle pas des titres qui n’ont pas encore su amorcer ce virage. Regardons le cas du NouvelObs qui a une web-TV décevante ; ne nous voilons pas la face : ça coûte très cher une web-TV ! Ils y arriveront avec le temps : mais c’est précisément là qu’il faudrait cibler l’aide gouvernementale.

5) C’est une mise sous respiration artificielle sans autre effet que de maintenir le modèle historique dominant (dans sa version moribonde) un peu plus longtemps, comme si toute une famille était au chevet d’un être cher et qu’on prolongeait sa vie artificielle pour ne pas les extirper trop tôt de leur déni face à l’inévitable. Ramenée à notre problématique de la presse en crise, c’est du pur gaspillage.

6) Je trouve cette mesure douteuse, à la limite du mauvais goût : désamorcer les critiques fondées en tendant la main de façon ostentatoire. La presse commençait à se mobiliser pour reprendre de son indépendance, mais il est évident qu’une fois le spectre de la crise bien en place, une aide providentielle devient vite un outil de pression sous-jacent, condamné à rester au stade du non-dit (et de la rétention anale freudienne pour pas mal de rédactions qui vont se sentir très constipées dans les mois à venir je pense).

7) le "jeune" est utilisé dans ces mesures comme un alibi démagogique. Un point de vue intéressant ICI en fait l’otage, voire "le bouc émissaire d’une politique visant à soutenir un pan de l’économie en déclin".

8) Enfin, une telle mesure fait inévitablement écho aux si vives, et si vaines, si pathétiques critiques dont Google a fait l’objet de la part de la presse, tout récemment : on parle même de "guerre", ce qui me semble un comble de vanité pour ce débat en particulier.
 
Débat qui n’a pas lieu d’être, d’ailleurs je n’ai même pas envie de développer ici, d’autres abordent le sujet de la crise (amplifiées au passage par le prisme de ce ressentiment envers Google) de la presse mieux que je ne pourrais le refaire, certains en reprécisant bien les mesures, d’autres de façon bien débattue, voire riche et passionnée, ou encore didactique et bien étayée , enfin, en survol.

Et la matière est encore très riche.

 
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