Frédéric Bascuñana's blog
mon parcours
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Passionné par l’envie de donner un grand coup de pied dans l’écosystème 2.0 (pardon du manque d’humilité mais il faut bien commencer quelque part), qui me semble trop souvent bien pratique pour transformer le contributif et le communautaire en alibis pour produire de la médiocrité et du bien-pensant d’un point de vue éditorial, je me suis néanmoins mis en bille en tête qu’il fallait bien l’observer pour voir ce qui allait arriver juste après. Car c’est là que cela devient intéressant.
Alors pour ne pas avoir l’air d’arborer une posture bien pratique de sceptique, je me suis bougé et j’ai lancé une web-TV collaborative accessible à cette adresse : http://techtoc.tv
Au moins, je ne peux plus faire le malin sans m’exposer moi-même à la critique : je me suis mouillé et j’essaye d’y développer ma propre doctrine sur la façon de produire du contenu.
A tel point que, j’ai eu l’occasion de le dire sur diverses conférences, comme celle-ci, je suis désormais féroce défenseur de la méthode collaborative pour illustrer ma vision de ce que seront les media demain. A l’échelle de techtoc.tv, les résultats sont étonnamment probants et encourageants.
Je développe donc une société dont la vocation est tout autant de promouvoir un pôle media d’un nouveau genre, que d’en vendre la plateforme technologique (des web-tv qui sur le modèle de techtoc.tv combinent une plateforme de diffusion vidéo, avec un workflow collaboratif dans le contexte d’un réseau social).
Nous y développons aussi dans le studio des prestations rich media sur mesure. Et cela définit bien ce qui m’occupe actuellement.
Mais puisque ceci est mon blog et qu’il est légitime d’y épancher son égocentrisme, laissez-moi vous présenter plus en profondeur mon profile et mes origines professionnelles.
Je suis certes une danseuse : je gigote pour garder l’équilibre sur une corde raide – pour conserver d’un côté de bonnes relations avec les clients et prescripteurs de mon écosystème parce que je suis à la tête d’une agence qui leur fournit des services, tout en ne laissant pas de l’autre sécher mon âme dans le coin d’une penderie, et en essayant de jouer le rôle d’un poil à gratter capable d’apporter quelques questionnements pas trop imbéciles sur notre environnement, dont les enjeux ne sont pas seulement technoïdes, mais aussi humains, démocratiques et même, selon moi, philosophiques quand il s’agit du web.
« Je n’ai pas toujours été comme ça » est une phrase ironique et sympa que j’aurais aimé pouvoir écrire ici. Mais j’ai toujours été comme ça. Et l’équilibrisme ne m’a pas toujours réussi – loin s’en faut. Eu égard au monde malade de ses institutions académiques vieillottes dans lequel nous vivons. Démonstration.
Désespéré à l’idée qu’il n’y avait guère de carrière professionnelle consistante pour la plupart de ceux qui n’ont pas fait une prépa ni une Grande Ecole, et ayant eu la chance, juste au bon moment, que l’on m’ouvre les yeux sur cette triste réalité franco-française, c’est avec un arrière-goût de vomi dans la bouche que j’ai fait du mieux que j’ai pu avec les moyens du bord en intégrant finalement une prépa HEC en province (à Sophia Antipolis, près d’Antibes où toute ma famille est implantée), puis au bout de deux années d’épuisement malsain, j’ai été admis à HEC. J’ai immédiatement été écœuré par cette école, que l’on m’a convaincu de ne pas quitter la première année en me faisant passer un peu de temps dans une grande entreprise (Philips en l’occurrence) : déjà, ça commençait mal, j’ai étalé ma première année sur deux ans. C’est simple, à HEC, les cours consistent à procéder à une ablation du cerveau des étudiants, et à le faire baigner dans un bain d’arrogance. Soyons clairs, je pourrais être dans la demi-mesure par politesse, mais cet univers m’a immédiatement rebuté, alors pourquoi faire dans la dentelle.
L’ennui aidant, et le dégoût militant aggravant les choses, j’ai décidé de contribuer à casser cette petite logique de réseautage et de pantouflage débilitante en utilisant un truc merveilleux dont on commençait à parler avec une fascination grandissante en 1994-95 : ce drôle de machin appelé l’Internet.
Attention, le grand truc super malin découvert par les édiles d’HEC quand vous avec envie de remettre en cause leur modèle fondé sur l’excellence dans l’autosatisfaction c’est : « arrêtez de cracher dans la soupe ». C’est très puissant. On n’a pas commencé à émettre un soupçon de critique, qu’on se sent dans la peau inconfortable d’un enfant gâté qui, précisément, « crache dans la soupe ». Or notre modèle des Grandes Ecoles est un système ouvertement et grotesquement mafieux qui, si on appelle ça une soupe, ouais, serait alors un potage mal réchauffé.
Par exemple, j’ai vite constaté que le recrutement des étudiants dans les Grandes Ecoles était une activité lucrative. Dans une vidéo que j’ai même enregistrée, le directeur de l’Ecole disait fièrement : « Je suis à la tête d’une PME dont l’objectif est de vendre des têtes de piches ». Oui certes ; en fin de compte ça ne me choque pas. Mais la limite du modèle est atteinte quand on touche à ce système assez opaque et tortueux qu’est le système des parrainages de l’Ecole par de grandes entreprises, qui se sont toujours arrogées un accès privilégié aux jeunes diplômés naïfs. Pas loin de 80% des étudiants jeunes diplômes à l’époque où j’étais à l’école étaient embauchés à la sortie pour pantoufler dans une centaine de grandes enseignes, toujours les mêmes.
Et toujours par ce même ironique retournement des choses, l’Ecole nous refait le coup du crachat dans la soupe en coupant l’herbe sous le pied des criticacouillards dans mon genre, en arborant cette fois le slogan quasi mensonger : « Apprendre à oser ».
Alors oui, cette école est chouette pour produire des entrepreneurs, mais c’est qu’elle a su intégrer les meilleurs depuis le berceau des prépas où elle les recrute. Car dans leur grande majorité, les autres sont les purs produits d’un système inspiré de castes d’un autre monde et vont pantoufler dans de grandes entreprises. Celles qui sont omniprésentes sur le campus. CQFD.
Ca ne serait toujours pas gênant en soi si les jeunes diplômés des universités n’étaient quasiment ostracisés par ce processus de sélection ultra conservateur, et si d’un autre côté tout un pan de l’économie française n’était condamné à ne jamais pouvoir recruter facilement cette fraîche matière cérébrale bien ficelée dans son emballage d’origine.
Et c’est là que, trublion involontaire, j’arrive avec ma première idée d’entreprise. je lance alors JOBSESAME.COM, tout premier site emploi en France arrivé en même temps que l’américain Careermosaic (ouhla, ça ne rajeunit pas), revendu (grâce à son succès initial auprès d’un pool de grands recruteurs) début 1999 à Monster (qui a rebaptisé ma société Monster France !).
J’étais donc à l’époque du lancement de ce site encore étudiant à HEC et cette société qui traitait avec toutes les autres grandes écoles de commerce et d’ingénieurs en mode « partenariats intensifs », a tout bonnement dérangé : à cette époque, vous allez rire mais, laisser mettre les CV de leurs étudiants et anciens ON LINE était littéralement une source de panique pour les directions complètement larguées par le phénomène Internet – donc non, je ne suis pas dans le délire de persécution je vous rassure. Et mon initiative, parce qu’elle était structurée et organisée en ordre de bataille avec des associés motivés, a suscité l’ire de la Direction. Cette dernière, fait aggravant, craignant d’être prise en flagrant délit d’ignorance, s’est paradoxalement psychorigidifiée et s’est maintenue, contrairement à l’ESSEC ou à l’ESCP à l’époque qui nous soutenaient avec un certain enthousiasme et sans trop de réaction chauvine, dans une étonnante étroitesse d’esprit au point d’intriguer suffisamment pour me punir en ne m’accordant pas le diplôme HEC après ma fin de troisième année, simplement parce que j’avais ce projet entrepreneurial dans la peau et que je le trouvais SAIN.
Eh oui, SAIN pour les raisons exposées plus tôt : j’ai une excuse j’étais encore jeune et idéaliste mais je voulais faciliter d’une part l’accès d’un autre type d’entreprises aux jeunes diplômés des Grandes Ecoles, et de l’autre permettre aux têtes bien faites de déposer leurs CV directement entre les mains d’un plus grand nombre de recruteurs sans passer, vous allez rire, mais à l’époque c’était ainsi, par l’administration de l’Ecole qui à l’époque centralisait les CV dans des booklets dédiés remis en mains propres aux « meilleurs recruteurs » (autrement dit les partenaires de la Fondation HEC le plus souvent).
Bref, résultat des courses, je n’ai jamais révélé les noms des élèves notoirement drogués sur le campus, ni de ceux ayant fait de graves boulettes comme des tentatives de strangulation ou de viol, mais étrangement, eux n’ont jamais été virés de l’Ecole. Moi, si. Et après la fin de ma troisième année. Les cours étant… terminés. Autrement, on ma tout simplement refusé le diplôme. Ouhou, quel vilain garçon, j’avais créé un site web. C’est tellement plus grave que de violer une fille ou prendre de la drogue. Putain d’Ecole.
Cela a pourtant beaucoup choqué – et je parle de DRH de grandes entreprises avec qui j’étais en contact. Mais une pétition envoyée à l’administration par le collège des grandes entreprises qui m’avaient soutenu dans ce projet n’a fait que les maintenir dans la certitude qu’il fallait me virer puisque cela faisait partie de leur tactique : désavouer mon projet publiquement et empêcher les grands recruteurs d’y souscrire (car je risquais de me positionner en intermédiaire dérangeant pour leurs petits trafics éhontément gagnepetits).
Si maintenant je vous rappelle le slogan de l’Ecole : « Apprendre à Oser »… Drôle, l’ironie, pas vrai ?
Après le rachat de ma société par Monster WordWide, l’administration s’est montrée à la fois prise d’un certain remords (du moins certaines personnes clés dans ma sphère de contacts), et très hypocrite (pour les autres qui s’attendaient je crois à ce que je finisse par leur faire un procès qui trouverait un écho auprès des recruteurs « clients »), et quand ils m’ont proposé de me réintégrer c’était, pour sauver la face vis-à-vis de quelques DRH et professeurs de majeures quelque peu interloqués par la mesquinerie du calcul : sous la forme d’un repiquage en troisième année (que j’avais déjà accomplie, bon sang !) -
Mais voilà : j’avais déjà plutôt bien lancé ma carrière et de passionnantes missions au sein de Monster Europe, j’étais basé, sur cinq ans, avec appartements de fonction à la clé, à Londres / Boston / New York / Los Angeles : franchement, pour un enfant de la région niçoise issu d’un miliieu modeste, je m’éclatais vraiment bien dans mon job. Ironiquement (mais si typiquement), ce sont des anglo-saxons qui m’ont le mieux récompensé pour ma capacité à « oser » dans un business qu’eux avaient déjà bien mieux compris. Et toute l’histoire les amusait : à l’échelle du microcosme d’un petit écosystème comme le nôtre, c’était du « personnal storytelling – branding » avant l’heure !
Et pour tout dire, j’étais si furieux contre eux (je le suis toujours comme les plus sagaces d’entre vous ont probablement pu le subodorer) : j’avais tout de même intégré cette Ecole depuis une obscure prépa de province, à contrecœur déjà à l’époque en m’affligeant de ce système qui comme l’a pourtant dit le plus grand de tous nos académiciens (Jean Guitton), « promet la Terre à nos jeunes et les épuise », je m’étais endetté pour payer ces études coûteuses – bref, j’avais défendu un truc tout simple qui s’appelle une vision entrepreneuriale, et j’avais fait mes 3 années jusqu’au bout tout en étant entrepreneur : autant dire que j’ai vraiment beaucoup travaillé et mis à profit mon passage dans l’école pour apprendre énormément grâce à ces allers-retours permanent entre le stress des cours d’arrogance et celui, plus formateur, de la création d’une entreprise et des soucis qui tombent en cascade avec (mais dont on ne sait plus se passer quand on y a goûté).
Je « devais » donc retourner en troisième année après deux ans passés chez Monster, loin de cette école qui m’avait injustement tapé sur les doigts à cause d’un site web (et je vous passe les détails des dommages collatéraux sur mon moral et celui de ma famille) : je le redis, cela leur permettait de sauver la face et de réintégrer ce que j’étais après tout devenu grâce à la vente de Jobsesame à Monster : un successfull entrepreneur – sachant qu’entre-temps ils ont fini par comprendre que mon produit de Job board dédié aux Grandes Ecoles était une solution dont ils ne pourraient pas faire l’économie, mais surtout que c’était le sens de l’histoire (ça semble rigolo d’écrire ça aujourd’hui en plein 2.0) et que le meilleur moyen de garder un certain contrôle, c’était encore de travailler là-dessus avec un de leurs diplômés, pardi. C’est d’ailleurs une confidence que m’a faite la directrice de l’association des anciens à l’époque : m’annonçant que j’avais lancé la majeure « e-entreprenariat » avant l’heure et que j’aurais dû être un exemple.
Bref, quelque chose d’étrange s’est passé : je réfléchissais à retenir leur proposition et retourner la queue entre les jambes, REFAIRE une troisième année et m’aplatir devant la raison du plus fort, jouer leur jeu pour ne pas perdre mon diplôme (ben oui, on a peur de n’être plus grand chose sur le moment, j’ai eu une phase de doute malgré ma désaffection précoce du modèle) et, plus gênant néanmoins, laisser tomber un job qui me passionnait chez Monster.
Nous étions le 11 septembre 2001 : j’ai atterri à Boston le 11 même, quelques heures après que les tours se soient écroulées. Je me suis retrouvé dans une société où les gens étaient en larmes ou pour le moins bouleversés : il faut l’avoir vécu pour saisir l’intensité de ce moment. Je ne pouvais quant à moi pas prendre l’avion du retour pour faire ma « rentrée des classes » à HEC (aéroports bloqués). Et là, dans ce contexte perçu dans l’instant comme totalement apocalyptique, je me suis fendu d’un email à l’attention de Bernard Ramanantsoa, le Directeur général de l’école et authentique intriguant (mais pas si méritant que ça : c’était je pense avec le recul plutôt facile en fin de compte de manipuler un jeune de 25 ans – et guère glorieux), email avec en copie tous les profs et membres de l’administration que je connaissais, et là, je crois avec le recul que j’ai écrit la première page de ma nouvelle vie d’adulte véritablement indépendant.
J’ai intitulé ce mail « Apprendre à oser ? » paraphrasant ainsi le slogan prétentieux qu’arborait l’école à l’époque. Et pris d’une énergie libératoire dans la catharsis ambiante, je leur ai enfin dit à quel point ils m’écœuraient et n’avaient pas un seul instant été à la hauteur de cette baseline si souvent mise en exergue. J’ai ainsi choisi de tourner la page, de ne plus perdre de temps avec eux, et j’ai continué une carrière Ô combien plus instructive dans un univers anglo-saxon où l’on ne m’a jamais demandé, contrairement à ce réflexe obsessionnel français, de quelle école je venais.
Pourquoi je prends le temps de raconter cela ici ? C’est peut-être inapproprié, mais ce blog est mon espace de vérité, et j’en ai assez de devoir réexpliquer cette histoire à tous ceux qui parfois me questionnent sur ma provenance (à Paris bien sûr).
Je le raconte aussi pour dire que, si l’on peut souvent reprocher aux anglo-saxons d’être un peu trop prévisibles, et d’avoir bien d’autres défauts, je me suis du moins passionné pour leur culture business ouverte et constructive, parce qu’elle a été pour moi une véritable révélation doublée d’une bouffée d’oxygène pour échapper mentalement au contexte feutré, déconnecté du monde réel, imprégné d’un obscur mélange de narcissisme et de ressentiment qui est celui de l’élitisme à la française (grandes écoles, réseaux d’anciens qui ferment l’accès aux postes clés dans tant de grandes entreprises, etc.).
Et finalement, je suis heureux quand je croise un ancien HEC, de ne pas me reconnaître dans cette petite lueur de certitude que je trouve dans son regard : je ne dis pas cela méchamment, je rencontre des types super bien, mais je parle de cette imperceptible sensation d’être professionnellement au-dessus de tout soupçon parce qu’on a acté dans une grande école de ce que l’on estime être son mérite et son talent. Mon point de vue est aujourd’hui unique, car je réalise que je vis beaucoup mieux, plus alerte, plus heureux avec la petite dose d’insécurité salutaire que me confère le souvenir de cette déconvenue et la nécessité dans laquelle je me sens de devoir toujours en faire des caisses ou presque, pour montrer ce que j’ai dans le ventre, dans la tête, dans mon cœur – et jamais dans mon CV à la ligne « diplômes et autres consécrations académiques ». Ce qui n’est pas plus mal. je me paye le luxe de me faire passer pour un autodidacte, qui sont les diplômés de la vie que j’admire en général le plus – soit dit en passant.
A tel point que j’en suis arrivé à la certitude intime qu’une partie du mal français est d’avoir créé des élites hermétiques et auto-satisfaites mais ceci est un autre débat que je mènerai sur l’une de mes prochaines chaîne web-TV.
Vous comprendrez maintenant aisément qu’il fallait en effet tout faire pas ma laisser développer mon studio TV ici, et maintenant.
Je risque d’en faire usage.
Quoiqu’il en soit, après cette sympathique aventure qui a débouché sur une responsabilité internationale sympa pendant 5 ans chez Monster.com (j’étais responsable de l’innovation produit et du business développement pour 14 pays, sic), je me suis lancé à nouveau dans l’entreprenariat en créant WEBCASTORY, dont je parle en exergue ci-dessus, et dans ce blog ici.
Je l’ai fait vraiment avant tout pour être heureux, car je suis incroyablement épanoui dans ce métier et surtout dans ma façon de le faire, entre artisanat créatif et tâtonnements assumés dans l’univers changeant (pour ne pas dire quasi apocalyptique aujourd’hui) des media online.
Et ce savoir-faire, je le redit volontiers :
Je risque d’en faire usage.
De plus en plus.
(à bon entendeur)