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Décidément j’aime bien répondre présent à l’appel à témoins de BFM : c’est excellent exécutoire pour partager ses idées et son humeur sur un thème de société – sans compter avec le caractère sympathiquement démocratique de la formule.
En l’occurrence j’ai participé une fois de plus à l’émission de Marshall et Truchot (dont je suis décidément fan tant je les trouve pro : pas de prompteur, une brillante maîtrise des timing, un ton adéquat) sur le thème cette fois du discours de Sarkozy face à la nation, intitulé d’ailleurs "FACE A LA CRISE".
Voici d’ailleurs la vidéo :
Juste pour le redire une fois de plus : ce concept d’émission interactive, j’adore, et pas parce que j’y ai participé.
Bref, j’ai pu réagir à chaud au discours de Sarkozy de ce 5 février 2009… et voici mon ressenti plus détaillé que ce que j’ai pu dire sous trac dans l’émission.
1) à chaud : sur le champ, moi qui ne regarde jamais de match de foot, et qui ne connaît donc pas l’envie de pousser des cris en regardant les buts manqués, pour la première fois de ma vie j’ai poussé des cris en regardant la télé: pas à cause de Sarkozi, mais des journalistes.
J’ai été profondément atterré par la médiocrité de leurs interventions, et leur manque total de courage – excepté peut-être Pujadas qui s’est montré un tout petit peu plus piquant (et encore, je dis cela en comparaison de l’encéphalogramme PLAT des autres : n’oublions pas qu’il était face à son supérieur hiérarchique) et il avait du moins le mérite de ne pas particulièrement chercher à briller : il était concis et crédible – j’aime beaucoup d’ailleurs l’humilité affichée de ce monsieur. Les autres ont été [complices ou responsables ?] en tout impardonnables (eu égard à l’importance démocratique de l’enjeu sinon je ne me permettrais pas de donner des leçons) de maintenir un sérieux déséquilibre des sujets par rapport à la pondération réelle des préoccupations des français. L’Elysée est-elle responsable ? – Je ne le pense sincèrement pas ! Les medias saupoudrent, organisent un panachage des sujets dans l’objectif de satisfaire le besoin médian d’une audience qu’ils n’ont de cesse de mépriser ou du moins sous-estimer de toute évidence.
2) à froid : "actif, réactif, proactif". C’est ce qui a déjà été repris par d’autres. Oui certes.
Prises de notes en vrac :
- Bêtise ambiante du débat sur le secours apporté aux banques : qu’on en finisse bon sang, il y a tant d’autres problèmes à couvrir ; alors voilà, une bonne fois pour toutes enfonçons-nous bien ça dans le crâne : y’avait pas le choix, en sauvant les banques on sauve les placements des uns et des autres (on pourra par contre discuter en profondeur du contrôle associé à ces "prêts" et de la façon dont le management va faire usage de ces fonds : il est légitime de demander un droit de regard).
- La mauvaise foi hallucinante du PS (puisque Benoît Hamon s’est précipité pour prendre la parole tout de suite après le discours de Sarkozy), dont j’ai honte moi-même – moi dont le cœur est probablement plus à gauche qu’à droite même si la tête ne suit pas toujours – je peux me permettre de le dire sans qu’on me soupçonne d’être biaisé.
Benoît Hamon est donc d’une affligeante démagogie et pourtant, bon sang, je n’attends qu’une chose : un PS inspiré. Et pourtant, on est loin du compte, on est toujours dans le commentaire et la relecture de texte sans contre-proposition constructive :
V’la encore les "vilains bénéfices",
v’la encore les attaques personnelles ("un président trop sûr de lui" etc.),
v’la encore les jérémiades et les récriminations alors que nous avons un président qui essaye de creuser une piste intéressante : le rééquilibrage du partage des bénéfices (Ok c’est pas parfait, mais on a bien une piste);
et v’la encore comme d’habitude le discours pleurnichard et démago sur : "nous on a ben compris les pauv’ gens",
et v’la encore comme d’habitude l’obstination du PS à ne pas entendre les réalités techniques de l’Europe : il reparle de la TVA avec une mauvaise foi incompréhensible: comment oser encore relancer ce sempiternel débat alors que JUSTEMENT on nous a bien expliqué deux choses : 1) un début d’accord avec l’Allemagne pour peser sur l’Europe et dans le but de gagner des points de TVA est bien en cours : le chef de l’Etat a même assuré qu’il allait tenir l’engagement de son prédécesseur (c’est pas rien.. et Benoît Hamon feint encore de l’ignorer); 2) il a très bien expliqué que pour baisser la TVA il faut l’accord des 26. Point barre.
Alors peut-on SVP au moins discuter sur des bases honnêtes ?
Ne nous étonnons plus si le débat politique lasse tant de gens – je ne sais pas quand les choses se sont aggravées sur ce point (ou si elles ont toujours été ainsi) mais l’honnêteté intellectuelle est en constante perte de vitesse.
Et d’ailleurs, quand le PS sera crédible dans ses attaques, ils seront aussi enfin une alternative crédible : sortez du bac à sable les gars il faut grandir : faites des stages en entreprise pour comprendre le réalités de ceux qui créent des emplois s’il vous plaît. Je viens encore de lire : « Comment peut-avoir le culot de faire passer pour quelque chose de neuf des crédits qui ont simplement été débloqués ? », raille Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l’Assemblée qui appelle à une relance par la consommation. Mais il le font exprès oui quoi ? (question stupide s’il en est dans le débat politique..;)
Ils feignent donc d’ignorer :
1) Les dangers maintes fois prouvés de cette relance par la consommation qui a prouvé qu’elle ne marchait pas (consommation de produits d’importation + épargne, le tout pour près de 80% de l’injection) ;
2) Le déficit de l’Etat est une très mauvaise idée : on va donc encore attendre leur prochaine victoire pour dépenser, mais pour le moment je suis heureux que l’on garde encore des réserves pour affronter l’avenir.
– Néanmoins pour terminer sur mes réactions à chaud à cette soirée (importante pour tout les français quant au contexte dans lequel ce discours a lieu, dois-je le redire pour m’en convaincre à l’aune du dilettantisme des journalistes invités à l’Elysée), la clause sur la Taxe Pro ne me semble pas très claire, et là le chef de l’état m’a semblé jouer brusquement une fausse note et manquer de courage : le sujet est abordé de façon trop évasive (car qui, comment, où… pour compenser cette taxe ?).
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UPDATE (le lendemain, le 6 février) :
Hier j’ai un peu culpabilisé d’avoir été dur avec les journalistes qui ont interviewé le président (à tel point que ce matin j’ai envoyé un mail à la journaliste qui m’a invité pour lui dire que j’étais désolé de m’être un peu emporté et que cela ne reflétait pas mon opinion d’une profession mais juste d’un raté hier soir dans un contexte où l’on peut légitimement y être hypersensible !): je me suis dit que je devais avoir l’air très prétentieux ! Mais ma réaction était une réaction de citoyen sincèrement déçu que les sujets aient été traités avec tant de consensualisme et de complaisance ; bref, tout ça pour vous dire que je suis content que les sujets d’aujourd’hui ne me fassent pas passer pour un fou, au contraire :
…car la suite m’a donné raison au-delà de ce que j’espérais :
Dans un communiqué officiel, le syndicat CGT des journalistes estime que "la profession de journaliste ne sort pas grandie du show télévisé du président de la République" et parle de "mascarade".
WOW ! Je suis bluffé par la puissance de leur cri d’alarme : well done en tout cas. Personnellement c’est exactement ce que j’attends d’un tel syndicat et il joue là parfaitement son rôle.
Etes-vous d’accord avec ces critiques? Qu’avez-vous pensé des questions et de l’attitude des journalistes Ferrari, Pujadas, Lagache et Duhamel lors de l’interview du chef de l’Etat ?
Je diffuse ici pour référence l’émission de Marshall Truchot de ce 6 février (donc au lendemain du discours on s’aperçoit bien que le principal c’est quasiment le manquement des journalistes et presque plus du tout le contenu apporté par le chef de l’Etat, c’est dire !) qui a donc confirmé l’importance du sujet (qu’ils ont évité d’aborder dans un souci déontologique hier soir pour ne pas tirer sur leurs confrères – et c’était très classe de leur part – mais qu’ils ne peuvent plus éviter aujourd’hui) :
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