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Si je voulais un jour expliquer à mes enfants le genre de frissons à la fois anxiogènes et orgueilleux qui ont parcouru l’échine de l’humanité dans les premiers temps de l’avènement du web, je leur montrerai cette création :
Si Gille Deleuze était encore vivant, il n’écrirait pas sur la fascination qu’exerçait sur lui le cinéma, mais bien sur le web 2.0.
Indépendamment de toutes ses applications concrètes et pratiques le web a supprimé la linéarité de l’écrit. Procéder par associations d’idées semble désormais un lieu commun du quotidien, on ne prête plus guère d’attention à la révolution fondamentale qui s’opère dans notre rapport au monde, aux idées, à autrui.
Mais nous ne serons pas les mutants d’une nouvelle capacité cognitive. Cela concerne nos enfants, et ceux qui grandissent dès aujourd’hui avec ce mode d’expression centrifuge des idées : du centre vers la périphérie des liens associés, et ce dans un perpétuel va-et-vient qui densifie notre pensée et son rapport au texte.
Roland Barthes avait écrit un joli livre sur le Plaisir du Texte, que je recommande, bien qu’il soit parfois dense et ardu. Je pense qu’il faut qu’un ethnologue et un linguiste complètent ses théories à l’aune du 2.0
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Rappelons que le texte, c’est la texture : l’étymologie opère ici un rapprochement troublant. Un texte qu’on décrypte se découd comme un pull en laine qu’on effiloche patiemment. Mais la texture du web, c’est un canevas plus dense : son canevas lie chaque mot, du moins potentiellement, avec tous les autres de façon radiale ou à 360 degrés.
N’est-ce pas aussi la condition des monades humaines que nous sommes depuis l’aube des temps ? Cette interconnexion définit notre condition et comme le suggère Howard Bloom dans le très surprenant Cerveau Global (Tome 2 du Principe de Lucifer), nous tendons à reproduire le schéma d’interdépendance des organismes unicellulaires qui nous étions pour tendre vers une intelligence de plus en plus adaptative. Une entéléchie.
Si l’on y réfléchit un tout petit peu, les centaines de commentaires associés à cette vidéo sur YouTube et qui font plus ou moins référence à un futur inquiétant prêtent à sourire (certain voient mêle dans la machine le symbole potentiel de la Bête biblique, pourquoi pas l’apocalypse tant qu’on y est ?): il faudra des siècles d’évolution pour être un jour capable de tirer les conséquences de cette évolution – dont je ne doute pas pour ma part qu’elle aura, comme toute transformation majeure au cœur de nos civilisations, un impact profond jusque dans les gènes de l’humanité.
Ceci étant dit, il faut avancer sans suspicion ni hésitation, s’engouffrer dans la nouveauté, l’épouser intensément : tout questionnement face au changement lui retire de son indispensable innocence. |












